• Sophie K

LES INVITÉ.ES DE VINCENT - SOPHIE KARADJOFF


Quand Vincent m’a proposé de partager mes univers, j’ai eu envie de rassembler les dessins les plus importants pour moi depuis 2020.

Je ne sais pas trop comment ils naissent. Ils sont nés bien avant d’être visibles et ils ne sont pas là par hasard.

Je laisse le crayon gribouiller, griffonner sans trop savoir quoi faire. La mine glisse en courbes, zig zague en allers retours plus ou moins vifs, s’affole ou folâtre sur la feuille. Mille personnages viennent me saluer. Le bruit de ces rencontres me ravit. Et puis parfois, quelque chose se passe et je suis prise en plongée. Je suis alors hors de tout. Je m’oublie complètement. Le temps extérieur se suspend et mon espace se fond avec celui de ce qui apparaît au bout du crayon. Ça me traverse en fait.


Quelque chose de très important pour moi éclot et je ne le réalise que quand le dessin est terminé. La fin est nette, sans équivoque. Il est là, il m’attendait et je l’ai laissé venir jusqu’à moi.

Le nom arrive plus tard, toujours, quand j’ai entendu ce qu’il avait à me dire. Certains dessins sont d’ailleurs encore sans nom. Ils me diront qui ils sont quand je serai prête pour les recevoir

vraiment.


Ce qui se passe avec mes dessins, c’est aussi ce qui se passe avec certains de mes textes ou certaines de mes danses qui jaillissent à la vie.

Sophie



 













Ce dont je rêve

Faire le bien en toutes circonstances.


Faire le mieux possible pour faire le bien. Être en accord avec moi-même sans renoncer ni redouter sans artifice. C’est difficile. J’accepte de ne pas toujours y arriver.

Je ne suis pas en mission. Je ne suis pas une envoyée, ni même un colibri.


A peine suis-je consciente du tout du monde auquel j’appartiens aujourd’hui.

Je suis heureuse de tout le mal que je n’ai pas fait et je suis heureuse de tout le mal que je ne ferai pas.

Je ne me sens pas de taille à créer le nouveau monde. Je ne peux que sentir ma présence simple et sensible à être dans le monde pour faire le bien le mieux possible, maintenant, pas demain, en regardant celui d’hier, sans regret ni amertume, mais avec gratitude pour ce qu’il m’a montré et pour ce que j’ai pu en voir. Je n’ai pas vu tant de choses. Je suis certaine d’avoir plus pas vu ces choses que vu en fait.














C’est difficile de tout voir. Il y a tant de choses à découvrir. Le tout est et n’est pas et est aussi tout ce qu’il y a entre ces deux extrémités qui n’ont de cesse de s’éloigner et se rapprocher.

Je suis et je ne suis pas, prise dans ces deux polarités d’invisible et de matière, de fluctuation d’énergie et de cellules, en mouvement dans ces cycles de mort-vie, je suis le tout dans toute sa complexité.

Je vois et je ne vois pas. C’est difficile car mes yeux sont trop proches de moi.

J’accepte de ne pas tout voir. Je n’aspire pas à un regard absolu, ni à un regard total. J’aspire à un regard qui donne et se remplit, qui accueille et qui jaillit.


Je ne me sens pas de taille à agir dans la volonté de transformer les autres que moi. Je ne suis pas alchimiste des destinées.

A peine suis-je en marche sur mon chemin de vie, corps et cœur grand ouverts.

Ainsi, de là où je suis, je regarde les autres, sur leur chemin à eux. Certains marchent, clopinant parfois, courant vers je ne sais quoi, ou reculant, tandis que d’autres semblent immobiles.

En marchant à côté d’eux, se créent toutes sortes de mouvements, d’échanges et de partages.


De ces élans, éloignements, rapprochements, et demi tours naissent les rêves. J’en suis persuadée.

Rêver m’est si familier. C’est ce que je fais de mieux, même. Je suis fabriqueuse de rêves à la pelle. Je n’en fais rien de particulier. Ils se sèment tout seuls en tombant de mes poches pleines à craquer.

Je rêve en sensations, en images, rarement en mots. Il m’est difficile de mettre des mots sur mes rêves. Cela les réduit, les diminue, les ratatine. Et pourtant, quand je les laisse tranquille, ils savent tous seuls prendre forme à un moment inattendu en fleurissant au bord de ma route.

Quand est- il de ces rêveries pour demain ? A quoi peuvent bien servir mes rêves dans la construction d’un nouveau monde ? Je ne sais pas. J’imagine que quelqu’un a le talent tout particulier de voir ce genre de fleurs et a le don de fabriquer avec, de magnifiques bouquets.

Et si cette personne ne voit ni ne cueille un de mes rêves, ce n’est pas grave, il embellit quand même la route.







Je rêve de danser avec n’importe qui, n’importe quand et n’importe où.

Je rêve d’être moi dans n’importe quelle circonstance.

Je rêve de faire rêver les gens.

Je rêve d’aimer une partie de n’importe qui.

Je rêve d’un regard commun tourné vers la confiance, le respect, la compréhension.

Je rêve de rencontres sensibles et transparentes.

Je rêve de faire confiance en la page blanche de ma vie.




Sophie Karadjoff, 9 mai 2020.


contact: sophiekaradjoff@gmail.com






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