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LE TANGO QUEER, UNE COMMUNAUTÉ DE SUPER-HÉROS.

  • Photo du rédacteur: Vincent Hodin
    Vincent Hodin
  • 10 nov. 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 janv.






Ma rencontre avec le Tango Queer.


J'ai commencé le tango à Buenos Aires à la fin de l'année 2012, lors d'un voyage d'un an en Amérique Latine, et je venais d'arriver. Mon premier cours n'était pas prévu, j'y attendais une amie qui devait terminer une leçon. Dans l'espace d'accueil du studio de Tango Dinzel, une femme m'invite à danser. Répondant que je n'y connais rien, elle me dit qu'il vaut mieux attendre quelqu'un en dansant plutôt qu'assis. À ce moment, je ne crois pas être suffisamment courageux pour refuser. L’’image du tango que j’ai en tête traduisait plutôt une danse de manipulation, machiste, extérieure et aux chorégraphies fixes. J'étais bien loin du compte. Ce fut un de mes préjugés le plus savoureux.

Valérie, la première personne que j'ai abrazé, m'a fait danser mes premiers pas de tango, et j'ai pu sentir très vite qu'un trésor se trouvait entre nos bras. Entre la musique, la relation subtile à l'autre et toute l'improvisation possible avec son/sa partenaire, j'ai aimé transmettre et recevoir des informations non verbales, colorées, qui dépassent les cultures, les croyances et les barrières linguistiques.

L'amie que j'attendais sort finalement de son cours et nous allons déjeuner dans le quartier de Villa Crespo, non loin du studio. Je lui demande au cours du déjeuner comment prendre des cours de tango au studio?

On peut y venir librement pratiquer. Il y a  des cours collectifs et particuliers avec différents "maestres ».

De belles rencontres suivront.  J'y viendrai tous les jours pendant 6 mois, plusieurs heures par jour. Élise, me propose de nous rendre à une milonga (bal de tango) queer .Un espace à Buenos Aires où on est libre de danser le rôle qu’on veut avec qui on veut (sans se préoccuper du genre et du rôle traditionnellement assigné).

Ça sera mémorable! j'ai pleuré de joie (je crois!) lors de  ma première milonga queer, rue Cochabamba, à El Beso, un vendredi soir.

J'ai dansé toute la nuit le rôle de "guidé" principalement car j'y trouvais un plaisir, une facilité. Ce rôle  était fait pour moi! Cela faisait plusieurs semaines que j'étais arrivé à Buenos Aires, et je cherchais jusqu'à cette minute pourquoi j'étais venu là, ce que je devais y faire.

Je suis rentré chez moi, à pied, groggy par toutes ces danses, ces morceaux d'identité profonde que je commençais à percevoir en moi. Je savais que j'étais arrivé à destination.

Ces sensations ne me quittent plus et je me demande où je pourrai  à nouveau danser le tango queer dans la semaine. Je ne me rends pas encore compte la chance que j'ai, début 2013 de pouvoir danser le tango queer plusieurs fois par semaine.

Nous sommes samedi, la prochaine c’est mardi. Je me sens "desafortunado" d'être un homme qui aime danser le "rôle de la femme" et de devoir encore attendre encore 4 jours avant de pouvoir "véritablement" danser à nouveau.





Ma fréquentation au sein de milongas queer de Buenos Aires s’est bientôt transformée en réunion  d’ami.e.s, et au delà, la sensation d’appartenance à une communauté. Il ne m’était jamais arrivé dans ma vie, à 25 ans, dans la construction de mon identité, de la lier profondément à ma sexualité. Cela coexistait évidemment mais ça n’a jamais vraiment émergé consciemment jusqu’alors.

J’ai réalisé qu’à partir d’une danse « hétérronormée » qu’est le Tango argentin, on pouvait la rendre libre au point de pouvoir danser avec qui on souhaite dans le respect de chaque personne. La liberté du concept du tango queer était encore trop grande pour moi à ce moment là. C’était vertigineux et j’ai pu à travers cette communauté élargir mon propre prisme de tolérance, d’inclusion et aussi d’envie, de fantasmes enfuis, ou pour le moins inconnus jusque là.

Le concept me parle :

-Danse très codifié: Tango

-Dans un monde encore très binaire : le début du XXIème siècle

teinté de couleurs et paillettes d’inclusion, d’un style unique  sans dénaturer la technique, ni les valeurs de ce média, c’est juste la plus belle chose que je n’avais jamais expérimenté de ma vie.

Depuis 2013, je danse énormément le tango queer et le tango « double rôle »

Mon vocabulaire depuis toutes ces années s’affine. Je précise lorsque je donne des cours de tango que j’enseigne la pratique du tango double rôle au sein d’une communauté : La communauté Queer ( et LGBTA++).

C’est important pour moi de faire cette distinction pour éviter l’amalgame d’appropriation de certains termes par certaines personnes. Distinguer une pratique de danse : le double rôle, et une communauté précise : la communauté LGBTQIA+ : appelé le Tango Queer.


J’ai beaucoup de fierté, de joie, de reconnaissance de pouvoir danser avec toutes les personnes que le tango unit.

Si la situation n’est pas « safe » (aucune autre expression de cette danse que sa manière traditionnelle) alors je sors de ma zone de confort, j’essaie d’inviter des gens et de danser le rôle follower, celui qui suit qui est  réservé « normalement » à une femme.  C’est ma façon pacifique de militer, de sourire en dansant,  de permettre à d’autres de se sentir légitime d’essayer, de tester une autre façon de danser.


Dans la communauté du tango, et dans celle du tango queer, ces initiatives fleurissent depuis plusieurs années, et sont plus nombreuses à chaque fois. Des gens, à l’initiative de ces rencontres, de ces mélanges, de ce concept d’inclusion à travers l’art de la danse, les tout premiers, jusqu’aux personnes qui s’ignorent encore appartenir à cette merveilleuse famille, sont pour moi, mes Super-Héros


Vincent.






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